Le ministre de la Défense redevient celui de la Guerre...

Publié le par reinerschleicher.over-blog.com

 

 

Un décret publié aujourd'hui au Journal Officiel confie au ministre la responsabilité de l'emploi de forces armées.

Un décret adopté mercredi en conseil des ministres et publié aujourd'hui au Journal Officiel modifie en profondeur l'organisation du pouvoir politico-militaire en remettant le ministre de la Défense au centre du dispositif. Ce nouveau texte précise en effet que "le ministre est responsable de l'emploi des forces, sous réserves des dispositions particulières relatives à la dissuasion", qui reste de la compétence exclusive du chef de l'Etat. 

 

Cette phrase ne figurait pas dans la précédente version de l'article R*1142-1 . Jusqu'à présent, le ministre de la Défense était responsable des moyens des armées (effectifs, programmes, cadre juridique, etc) mais leur mise en oeuvre dans les opérations lui échappaient. L'emploi des forces relevait en effet du président de la République et, directement, du chef d'état-major des armées (cema). Comme le résumait le général Georgelin, le précédent cema, "le ministre doit me donner les moyens d'éxécuter les ordres que je reçois du président de la République". Une formule provocatrice, qui traduisait le renforcement du poids du cema, à la suite notamment des décrets de 2005 et 2009.

Le compte-rendu officiel du conseil des ministres est explicite quant à  la volonté du gouvernement : "le présent décret redonne toute sa place au ministre de la défense dans la chaîne des responsabilités politiques en matière d'emploi des forces armées et de renseignement extérieur et d’intérêt militaire. Il confirme enfin que le chef d’état-major des armées assure le commandement des opérations militaires sous l’autorité du Président de la République et celle du Gouvernement."


Dès leur arrivée au pouvoir, les socialistes ont voulu mettre fin à ce système. Cette volonté s'est traduite, durant la guerre du Mali, par des réunions quotidiennes des grands responsables militaires dans le bureau du directeur de cabinet du ministre de la Défense. Le décret du 12 septembre 2013 "relatif aux attributions du ministre de la défense et du chef d'état-major des armées" confirme, dans les textes, la pratique qui a désormais cours. Désormais, le cema "assiste" le ministre dans ses attributions relatives à l'emploi des forces, tout en étant "responsable de l'emploi opérationnel des forces".


Ce décret s'ajoute à la réorganisation de la gouvernance du ministère de la Défense, qui restreint le poids de l'état-major des armées, par exemple en matière de gestion des ressources humaines. Le pouvoir repasse progressivement du boulevard Saint-Germain vers la rue Saint-Dominique. Au grand dam de nombreux militaires, qui se retrouveront dans les critiques formulées par l'ancien cema, le général Henri Bentegeat, dans le Figaro d'aujourd'hui. Il y voit "une défiance de principe à l'égard du loyalisme des officiers".


Il s'agit là d'un nouvel épisode d'une histoire vieille comme le monde, celle du partage du pouvoir militaire entre politiques et généraux. Sans remonter à Ciceron (arma togae cedant, les armes cèdent à la toge, donc aux civils), il n'est pas inutile de lire le magnifique livre de Georges Clemenceau, "Grandeurs et misères d'une victoire" (Perrin 2010) où le Père la Victoire ne cache rien de ses querelles avec le Maréchal Foch.



http://www.lopinion.fr/blog/secret-defense/ministre-defense-redevient-celui-guerre-3970

 

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reinerschleicher.over-blog.com 21/09/2013 12:38


"La guerre est à l'homme ce que la maternité est à la femme" Georges Clémenceau